Chair d'arbre (détail), 1955-1957, plâtre. © DR
1911 Mercredi 10 mai. Naissance de Margaretha, Isabella, Maria Farner à Ober-Stammheim, en Suisse allemande, dans le canton de Zürich. Son père, Ulrich Farner, s'occupe de la terre car, étant le cadet, il ne peut hériter de la forge paternelle. Sa mère, Frieda Ischi est couturière. Le couple vit auprès de Madame Farner mère, avec ses enfants : Karl (16 avril 1907), Frieda (6 juin 1908), Gertrud (10 novembre 1910), et bientôt la benjamine Hedwige (26 décembre 1912).
L'arbre généalogique de la famille Farner remonte à 1520 ; son examen révèle une succession de forgerons formant une véritable dynastie. Dans sa petite enfance, l'artiste allait à la forge de son oncle ; elle restait de longs moments à écouter le martèlement du marteau façonnant la pièce sur l'enclume.

1916 Fin de l'année. Ulrich Farner s'installe avec sa famille dans une ferme à Wilen. Ce petit village est situé à la frontière des cantons de Zürich et de Thurgovie. Scolarité primaire à Wilen et à Unter-Stammheim où elle apprend à lire et à écrire en caractères gothiques.

1919 Margaretha Farner est fascinée par la construction d'une maison à colombages en face de la ferme familiale : "Cela m'a profondément bouleversée, car, en observant l'effort quotidien des maçons, j'ai compris qu'il était possible de créer des formes nouvelles, de ses propres mains. Jusqu'à cette époque, autour de moi rien n'avait changé, mais j'ai vu la maison se développer d'alvéole en alvéole, comme une sorte de sculpture monumentale, et l'odeur du plâtre reste intimement associée à cette première impression."

1926 Fin de la scolarité secondaire. La situation familiale est difficile, aussi Margaretha Farner étudie-t-elle la comptabilité.

1928 Devient jeune fille au pair à Le Locle (Canton de Neuchâtel), car elle souhaite apprendre le français.

1929-1930 Succession de petits emplois à Stein-am-Rhein, Schaffhousen, Winterthur.

1932 Installation à Zürich. Margaretha Farner habite chez l'une de ses sœurs.

1933 Premiers essais de sculpture en plastiline (pâte à modeler) et en terre glaise. Fréquente le café Le Petit Dôme – fidèle à la tradition du Cabaret Voltaire – où elle rencontre le milieu artistique zurichois. Anni Blume et August Frey, ses amis peintres, lui présentent Hans Jacob Meyer, sculpteur figuratif, qui devient son professeur. Proche de l'avant-garde sans en épouser les thèses, Hans Jacob Meyer avait été lié à Georges Grosz et fit partager à Margaretha Farner son goût pour les masques africains et les têtes du Bénin.

1934 Portraits en plâtre de son professeur et de Théodore Frey (frère du peintre Auguste), ainsi que celui d'un enfant modèle vivant. Tête africanisante en pierre. Premier prix de la sculpture de la ville de Zürich.
Margaretha Farner voit une exposition au Kunsthaus de Zürich : Abstrakte und Surrealistische Malerei, Plastik (11 octobre-4 novembre 1934), qui présente des œuvres d'Arp, Ernst, Alberto Giacometti, Miró et Gonzáles.

1935 L'artiste se rend à Lucerne au Kunstmuseum pour visiter These-Antithese-Synthese, une vaste exposition réunissant 22 peintres et sculpteurs dont Arp, Braque, Calder, Chirico, Derain, Erni (24 février-31 mars 1935). Un premier séjour à Paris lui fait comprendre qu'elle n'est pas destinée à la sculpture de commande pratiquée alors en Suisse.

1936 Dès lors, elle entreprend d'étudier la sculpture à Paris. Le sculpteur Hermann Haller – l'un des artistes les plus célèbres de sa génération (1880-1950) – offre à sa jeune collègue une somme lui permettant la réalisation de son projet. Ce maître de la sculpture traditionnelle admirait le talent de Margaretha Farner depuis sa réussite au concours de la ville de Zürich, où il l'avait découverte.
Séjour de 4 mois à Paris. Installation dans un atelier, impasse du Rouen. Fréquente les académies de sculpture : l'Académie Ranson, avec pour professeur Charles Malfray. Sa manière de corriger les œuvres de ses élèves la choque profondément ; l'Académie de la Grande-Chaumière, avec Robert Wlérick ; l'Académie Collarossi, avec Marcel Gimond. D'un contact agréable avec ses élèves, le sculpteur donnait des conseils sans intervenir dans leurs travaux. Marcel Gimond encourage Margaretha Farner dans sa voie et la dispense bientôt de payer ses cours.
Durant cette période, Margaretha Farner retourne régulièrement à Zürich, lorsqu'elle est à bout de ressource. Mais jamais elle ne fut tentée par un retour définitif.
La rencontre d'Alberto Giacometti à la terrasse du café Le Dôme en 1936, marque une étape capitale dans l'évolution de Margaretha Farner. Giacometti invite sa compatriote à visiter son atelier, où elle découvre Le Palais à quatre heures du matin (1932-1933). La vision de cet objet exerça une si grande fascination sur elle qu'elle en occulta tout ce qui se trouvait autour. Cette œuvre influencera ses constructions réalisées à partir de 1943 à New York.

1937 Printemps. Margaretha Farner séjourne quatre mois à Florence sur l'invitation de son amie Anni Blume qui avait obtenu une bourse pour y faire ses études. Voyage à Rome, Pompéi et Naples. Puis installation à Settignano où elle fait le portrait d'Anni Blume et une statue en pied, grandeur nature, abandonnée dans le jardin des hôtes. Production de dessins érotiques et de sculptures de petit format qui seront vendus au retour à Paris.
Automne. Installation dans un nouvel atelier, rue Cotentin. Composition de statues de grandes dimensions que l'artiste entrepose, avec l'accord du gardien, dans la cour de l'immeuble. Commande d'un portrait en buste à mi-corps d'après modèle vivant où Margaretha Farner développe un canon de beauté proche de l'art de l'Egypte amarnienne.

1938-1939 Abandonnant ses œuvres rue Cotentin, Margaretha Farner prend un atelier rue Vercingétorix. Bientôt elle rencontre, au Dôme, Patrick Waldberg, son futur mari, qui l'invite à suivre les cours d'ethnographie de Marcel Mauss à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de la mi-novembre 1938 à janvier 1939. Marcel Mauss présente à ses élèves un programme synthétisant sociologie et ethnologie : Les jeux de balle ; Jeux de Cosmologie ; Les variations saisonnières ; L'année sociologique 1904-1905 : Les Eskimos et les jeux de ficelles (cat's cradle).
Patrick Waldberg substitue au prénom de Margaretha celui d'Isabelle ; et elle abandonne également son patronyme pour le sien.
Ensemble, ils suivent les cours de Paul Rivet, visitent assidûment le Musée de l'Homme, le Musée Guimet et Le Louvre.
Rencontre des amis de Patrick, Louise et Michel Leiris ainsi que Georges Bataille. Isabelle s'affilie à la société secrète Acéphale, à la demande Georges Bataille. La conjuration sacrée réunissait des initiés qui gardèrent le silence sur leurs activités. La composition du groupe reste encore difficile à reconstituer entièrement ; pourtant, d'après les rares témoignages que nous possédons, il devait réunir Georges Bataille, Colette Peignot (Laure), Patrick Waldberg, George Ambrosino, Roger Caillois, Pierre Klossowski, Jacques Chavy, René Chenon, Pierre Andler, Jean Rollin, Kelemen, Georges Dussat et Isabelle Waldberg, dont la présence est certaine dans les six derniers mois de l'année 1938. (Cette liste exhaustive, est établie grâce à la correspondance échangée par Isabelle Waldberg et Patrick Waldberg en 1943.)
Au sein d'Acéphale, Isabelle Waldberg se chargea de traduire des textes de Nietzsche et d'en faire une analyse qu'elle communiquait au groupe lors de leur séances. L'étude qu'elle préparait s'opposait à la lecture qu'en faisaient les nazis et les fascistes. De plus, elle entreprit avec Jacques Chavy le dépouillement et la traduction de La Volonté de Puissance.
7 novembre. A la mort de Laure (Colette, Laure, Lucienne Peignot) Isabelle et Patrick Waldberg entourent Bataille qui traverse une crise profonde.
Fin de l'année. Le couple s'installe chez Bataille, 59 bis rue de Mareil à Saint-Germain-en-Laye. Les activités de la société secrète s'intensifie, comme pour combler le vide laissé par la première affiliée. Le groupe se rassemble au pied d'un chêne foudroyé dans la forêt de Saint-Nom-La-Bretèche et sur la tombe de Laure située non loin de là.

1940 Début de l'année. Retour d'Isabelle Waldberg à Paris.
Mardi 5 mars. Naissance de Michel, Patrick Farner Waldberg à Saint-Mandé. Michel Leiris est le parrain de l'enfant.
10 juin. Exode des populations. Isabelle Waldberg réussit à prendre un train avec son bébé, afin de gagner le midi de la France. Le voyage sera particulièrement difficile. Alors que le groupe surréaliste se trouve à Marseille autour d'André Breton, accueilli à la villa Air-Bel par le Comité américain de secours aux intellectuels, Isabelle voit échouer l'une après l'autre toutes ses démarches pour rejoindre les Etats-Unis. Août. Isabelle Waldberg quitte Marseille pour s'installer à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) dans la villa des Haviland. Reste seule avec son fils pendant deux mois.
Fin octobre. Josée et Frank Haviland la rejoignent à Mont-Louis. Echange de cartes postales avec André Masson ; Isabelle lui rend visite à plusieurs reprises à Montredon où il est hébergé par la comtesse Lily Pastré.

Repères biographiques, texte extrait d'"Appareil critique", de Marie Voisin.
Le détail des parutions dans Monographies et ouvrages généraux.
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Matière première
– biographie de 1911 à 1940 –